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24heures - 2000
« C'est la danse qui choisit l'enfant »
De retour il y a peu en son pays, après une longue carrière fructueuse à l'étranger, cette élève de la grande Simone Suter entend lui rendre hommage en recréant, à Lausanne, un système de pédagogie chorégraphique pluridisciplinaire.
Gilbert Salem
En sa véranda bordée de baquets de fleurs et d'épices, ses yeux verts très lumineux répondent aux couleurs du bois de Sauvabelin, et du Jura qui fait l'horizon, ou serait-ce l'inverse ? On ne pénètre chez elle qu'après s'être humblement déchaussé, car le parquet de la maison d'une chorégraphe du niveau de Margaret Torrini-Pélissier est d'une fragilité sacrée - une des lois de la danse exigeant que l'on épargne le plus possible le sol. Et que l'on soit aérien. Un décor d'inspiration mystique et orientale enveloppe le tout.
Margaret Torrini est née à Lausanne, de parents qui venaient d'Afrique du Nord, via la France, mais elle a passé son enfance à Lavaux, entre Rivaz et Saint-Saphorin, inspirée peut-être parfois par le chant du ruisseau du Forestay qui, il y a peu, évoquait celui des nymphes, des dryades ou d'autres demi-déesses des eaux forestières vaudoises.
Sa mère, qui a vécu à Tunis, est une géologue autodidacte, son père incite les touristes à connaître Florence et Botticelli. Séjours en Jordanie, dans le site exceptionnel de Pétra, où le mouvement de la lumière sur les roches séculaires l'émeuve.
(Papa et maman avaient une vingtaine d'années quand bébé Margaret vit le jour, en 1958, dans la capitale vaudoise).
A l'école des grands
Grâce à sa mère, qui avait connu en Tunisie une personne proche de Simone Suter, de Lausanne - une des directrices d'écoles chorégraphiques les plus prestigieuses d'Europe occidentale, et qui a formé des étoiles internationales - elle peut s'initier et se soumettre avec discipline et rigueur à l'art de Terpsichore, la muse mythologique grecque de la danse.
Outre ce maître essentiel, dont le génie consiste, entre autres à inciter ses élèves à s'ouvrir à d'autres disciplines, elle rencontre Alfonso-Catà, ex-directeur du Grand Théâtre de Genève et à Frankfort, fraie avec les disciples de Balanchine, se propulse sur les scènes les plus importantes du monde, aux côtés des étoiles de l'Opéra de Paris ; du New-York City Ballet. Elle danse pour le roi de Norvège, celui des Belges.
Margaret Torrini, on la voit tour à tour à Roubaix, Luxembourg, Charleroi, puis en Russie, au Japon, et j'en passe. Son tour du monde et ses succès sur les scènes les plus variées ont fourni à ses dossiers de presse des articles élogieux.
Et je ne vous parle pas de sa collection de diplômes : diplôme d'eurythmie, diplôme d'Etat français de professeur de danse, diplôme fédéral suisse, plus deux diplômes lausannois qui sont scellés par le nom de son enseignante préférée : Simone Suter.
Qui décide ?
Or, depuis qu'elle est revenue de ses exploits de danseuse admirée autour du monde, Margaret Torrini-Pélissier n'éprouve qu'une envie : celle de réapprendre aux personnes de ce pays qui veulent s'initier à l'art sacré et rigoureux de la danse un esprit d'ouverture à d'autres disciplines, qu'elles lui soient liées telles la musique, le rythme, le jazz, le mime, l'acrobatie. Mais également la géométrie, l'anatomie, la santé, l'organisation d'une carrière - qu'elle corresponde aux suites d'une formation chorégraphique, réussie ou échouée.
Dans un fascicule, qu'elle dédie d'ores et déjà au canton de Vaud qui a promis de l'aider dans sa démarche (d'autres instances séduites se sont de même engagées), et qui est sur le point de paraître, Margaret Torrini préconise un enseignement chorégraphique qui toucherait directement les jeunes ou moins jeunes que la danse intéresserait.« Aux parents des premiers, je dis toujours que ce ne sont point les parents qui peuvent décider si oui ou non leur enfant deviendra un danseur. C'est la danse elle-même qui décidera. Généralement, les parents comprennent. »
Et Margaret Torrini d'ajouter dans ses projets, parfois commentés « Avec Béjart, sa compagnie et son école de formation, avec le prix de Lausanne de formation internationale, il me paraît étonnant que la ville de Lausanne n'accueille que des produits finis et que rien n'est entrepris pour créer et faire perdurer la notoriété de ce haut lieu culturel, et que soit négligé tout ce qui me paraît essentiel, à savoir ce qui fait la graine du danseur professionnel, en mettant sur pied un établissement spécialisé dans la formation proprement dite des futures danseurs de carrière. »
D'entrée dans le fascicule qu'elle envisage de publier tout soudain, notre chorégraphe publie un poème dont voici une strophe :
Lausanne et son charisme
Lausanne et ses trois collines
Trois et son symbolisme
Scalène et ses obliques
Lausanne, ville énigmatique,
Avec sa cathédrale gothique.
Je coirs que Victor Hugo, lui, ne savait pas danser.
Lausanne Scalène Ballet tél. : 41-(021) 652 62 44.